La Poustinia du coeur s'enracine dans la solitude sacerdotale du
Christ. Cette solitude n'est pas isolement, car elle possède
une référence : le Père dans l'intimité
de l'Esprit Saint.
"Vous me laisserez seul..." nous dit Jésus avant
sa Passion. Puis se reprenant, Il dit : "Mais, je ne suis pas
seul, le Père est avec moi" (Jn 16,32). Cette solitude
est une théophanie trinitaire. Il n' y a d'union au sein de
la Trinité que parce qu'il y a ce face à face de trois
solitudes absolues.
Jésus,
en nous manifestant sa solitude, nous fait entrer dans ce mystère
où Il devient davantage ce qu'Il était de toute éternité.
C'est l'heure de sa maturité. C'est l'heure où, par
sa solitude, son union avec le Père se manifeste avec plus
d'intensité aux regards des hommes de son temps.
Par cette attitude, Jésus rejette tout compromis avec l'anéantissement
que provoquent l'isolement par perte de toute référence
et la fusion par perte d'identité. C'est dans ce combat accompli
en Christ que l'homme peut entrevoir la réalité d'un
Dieu en trois personnes.
Le Père, parce qu'Il est source, ne peut parler à son
Fils - et aux hommes dans le Fils - que par le silence, chant sans
mélodie ni parole de l'Esprit Saint.
La Poustinia, c'est le silence de l'homme qui laisse chanter le silence
de la Trinité. Elle offre à l'homme de s'unir à
son Dieu dans ce face à face de deux solitudes.